Réunissant les chercheurs des universités lyonnaises, grenobloises et nancéiennes qui consacrent leurs travaux aux littératures d’Europe centrale et orientale, et de Russie, ce séminaire inter-laboratoires s’ouvre cette nouvelle année 2026 avec quatre rencontres qui auront lieu à la Bibliothèque Diderot de Lyon et à l'Université Grenoble Alpes.
- SÉANCE 1
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SÉANCE 1 : AUTOFOCTIONS RUSSES
Organisée par Isabelle Després (ILCEA4, UGA)
Vendredi 16 janvier 2026 de 14h à 17h
Université Grenoble Alpes
Maison des Langues et des cultures, Salle des conseils
1141 rue des Universités 38400 Saint-Martin-d’Hères
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Autofiction et engagement socio-éthique : corps vulnérable, sollicitude et empowerment dans les textes de la jeune génération d’autrices russes
Intervention de Kateryna Tarasiuk, chercheuse postdoctorale dans un projet de recherche ANR ArtAtWar à l’Université de Strasbourg
À partir des années 2010, le paysage littéraire féminin russophone connaît une profonde évolution. Une nouvelle génération d’autrices renouvelle les modes d’expression en explorant des formes d’écriture telles que le témoignage, l’autofiction ou l’enquête, afin de mettre en mots des expériences traumatiques singulières. Leurs œuvres, marquées par une forte dimension autodocumentaire, élaborent des pratiques discursives propres, articulées autour d’un langage à la fois intime, réflexif et tranchant, et se distinguent par leur engagement socio-éthique.
Cette communication portera sur quatre œuvres : Regarde-le (2017) d’Anna Starobinec, Récits (2017) de Natalʹâ Meŝaninova, L’Ode à la joie (2019) de Valeriâ Pustovaâ et Blessure (2021) d’Oksana Vasâkina. Elle vise à montrer comment ces autrices redéfinissent les pratiques d’écriture du corps et déploient un langage engagé et éthique, donnant une nouvelle résonance à la parole féminine contemporaine dans le champ littéraire russe, désormais doté d’une dimension transnationale.
Il s’agira d’analyser, d’une part, la mise en récit de la vulnérabilité des corps féminins, qui invite à une lecture éthique, proche d’une perspective du care, attentive à la sollicitude et à l’empathie ; d’autre part, la manière dont lecture et écriture ouvrent un espace symbolique, intime et collectif, où la douleur peut être reconnue, partagée et parfois allégée, transformant ces textes en sources d’empowerment et d’émancipation.
L’autofiction russophone en exil : identité fluide et expansion générique
Intervention de Larissa Muravieva, chercheuse à l’Université Grenoble Alpes, UMR 5316 Litt&Arts (programme PAUSE)
L’autofiction, apparue récemment dans le champ littéraire russophone, est devenue l’un des phénomènes les plus marquants de l’espace littéraire actuel. Son essor, amorcé à la fin des années 2010, s’est ensuite inextricablement lié aux bouleversements politiques. À l’automne 2025, on observe une croissance rapide du genre, révélant une stratification des textes : non seulement selon leurs formes d’écriture, mais aussi selon le lieu physique où se trouve l’auteur.e. Cependant, la dichotomie entre « ceux qui sont partis » et « ceux qui sont restés » s’avère problématique : d’une part, en raison de la forte sensibilité socioculturelle qu’un tel clivage implique, et d’autre part, en raison de la porosité même de cette frontière dans le fonctionnement de l’espace littéraire. Ainsi, certains auteurs et autrices en exil publient dans le « nouveau tamizdat », tandis que d’autres continuent de collaborer avec des maisons d’édition russes.
Cette communication porte sur l’autofiction russophone en exil, entendue comme un ensemble de textes écrits par des auteurs émigrés qui réfléchissent, dans leur écriture, à l’expérience même de l’émigration tout en publiant dans divers espaces éditoriaux. La plupart de ces œuvres se caractérisent par la représentation d’une crise identitaire, intégrée aux niveaux thématique, discursif et symbolique. Je montrerai que l’autofiction russophone en exil construit une identité fluide grâce aux qualités performatives de l’autofiction en tant que pratique narrative. Cette dynamique entraîne un élargissement des frontières du genre, les écrivains et écrivaines expérimentant activement des formes trans-génériques.
- SÉANCE 2
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SÉANCE 2 : LE DIALOGUE LITTÉRAIRE BULGARO-SERBE EN FRANCE
Organisée par Sonja Graimprey (BDL)
Vendredi 6 février 2026 de 14h à 17h
Bibliothèque Diderot de Lyon
5 parvis René Descartes
69007 Lyon
Rencontres littéraire comme pratique pédagogique et objet d'étude
Intervention de Livija Ekmecic, Université de Strasbourg
Dans le but de stimuler une créativité littéraire qui, à la fois, répondrait aux besoins des jeunes et offrirait aux étudiants une opportunité privilégiée de développer leur bagage culturel, le projet des « Rencontres littéraires », lancé à l’Université de Strasbourg, est devenu partie intégrante du cours Arts et littératures slaves balkaniques. Par le biais de ce projet, les étudiants rencontrent un écrivain issu de la littérature serbe ou bulgare ; ils participent dans ce cadre à une conversation avec l’écrivain, contribuant ainsi eux-mêmes à la création de l’espace de recherche littéraire dans lequel ils peuvent se développer en tant que lecteurs mais également en tant que critiques littéraires. Les « Rencontres Littéraires » strasbourgeoises, animées à part égale par des étudiants, des professeurs de littérature et des écrivains, ont ouvert un espace spécifique de recherche. Ce dernier vise à montrer comment la littérature contemporaine influence le jeune lecteur mais il examine aussi de quelle manière il est possible d’éviter chez les étudiants les pièges du processus de lecture, dont parle Peter Szendy dans Pouvoirs de la lecture.
Explorer les relations intertextuelles à travers des binômes littéraires
Intervention de Miryana Yanakieva, Université de Strasbourg
Le travail de recherche qui fera l’objet de cette conférence est étroitement lié à un projet pédagogique, unique en France, qui se développe au département d’études slaves de l’université de Strasbourg depuis 2022-2023, et dont l’objectif était la création d’une nouvelle matière, nommée Arts et littératures slaves balkaniques. Elle est basée sur l’étude en parallèle de deux littératures slaves du Sud, à savoir la littérature serbe et la littérature bulgare. L’élaboration de son cadre conceptuel devait prendre en considération le fait que cette étude ne devait s’appuyer que sur des textes littéraires déjà traduits en français et parus en France. C’était la raison pour laquelle l’approche qui consiste à établir ou à construire des dialogues implicites entre œuvres serbes et bulgares a été choisie comme la plus pertinente. Selon différents critères (historiques, thématiques, génériques) on a réuni par « binômes » des auteur.e.s appartenant aux deux littératures dans le but d’explorer leurs relations intertextuelles plausibles. La conférence va donc présenter le processus de recherche qui a abouti à l’édification de ces « binômes », ainsi que quelques exemples concrets d’analyses intertextuelles, telles qu’entre Ivo Andrić et Yordan Yovkov, Svetlana Velmar-Janković et Théodora Dimova, et autres.
- SÉANCE 3
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SÉANCE 3 : SUR LES PAS DES TRADUCTEURS
Organisée par Anna Foscolo, Marge, Université Jean Moulin Lyon 3
Vendredi 6 mars 2026 | 14h-17h
Bibliothèque Diderot de Lyon
5 parvis René Descartes
69007 Lyon
Natalia Gamalova, « Lyonnais européen », « autodidacte impénitent », « né traducteur » : Jean Chuzeville
Jean Chuzeville (1885-1974) est connu en priorité comme traducteur des écrivains italiens, de 1918 à 1969, plus particulièrement, de Giuseppe Ungaretti et Emilio Cecchi. Relativement aux études russes, le nom de Chuzeville est familier aux chercheurs ou aux lecteurs qui s’intéressent à Merejkovski, Hippius et Remizov. Les russisants attachent aussi de l’importance à Chuzeville premier traducteur des symbolistes russes. Les vers des poètes du début du vingtième siècle ne constituent qu’une partie des œuvres transposées par Chuzeville du russe au français. En dehors des poètes symbolistes, de Merejkovski, de Remizov, il traduisit Pouchkine, Gogol, Aksakov, Brioussov, Prichvine, Tolstoï, Dostoïevski, les contes de Leskov, Garchine, Korolenko, Sologoub.
Chuzeville fit partie de ceux qui façonnèrent un certain modèle de la littérature russe en France avant la seconde guerre mondiale. Beaucoup d’entre eux furent traducteurs à temps partiel, avec leur formation, leur métier, leurs préférences littéraires. Teodor Wyzewa était écrivain et critique, Adrien Souberbielle avocat, Jean Fontenoy journaliste. Lydia Stahl (Louisa Tchekalova) fut jugée à Paris pour espionnage au compte de Moscou et de Berlin. Ely Halpérine-Kaminsky étudia les sciences à la Sorbonne et à l’université de Moscou ; Henriette Pernot-Feldmann fut diplômée de la faculté des lettres, Norbert Guterman de la faculté de philosophie.
Jean Chuzeville apprit seul une dizaine de langues. Il traduisait principalement de l’italien, de l’allemand, du russe, parfois de l’espagnol ; occasionnellement du portugais ou du grec moderne; et pour son propre plaisir, du grec ancien, de l’arabe et du persan. En 1966 il dressa ce bilan : « Plus de 150 volumes publiés chez une soixantaine d’éditeurs — sans doute un record — français, belges, suisses, italiens ». Chuzeville intégra seulement trois réflexions (sur 564) sur le traduire et le traducteur dans son recueil de « pensées ». En voici un exemple : « Parmi les “marges” où peut opérer le talent du traducteur, il y a celle qui consiste en ce que dit l’auteur et ce qu’il croit ou veut dire. L’écrivain n’est maître qu’en partie de sa pensée : tantôt celle-ci l’emporte sur l’expression, tantôt l’expression la dépasse. Dans cette zone de demi-jour et de tons faux prospère l’art du traducteur. Il a charge de réveiller Homère quand Homère somnole ». Praticien de la traduction, il se trouva appelé à expliquer ou à défendre ses choix, et sa correspondance contient des allusions aux joies, plus souvent aux déceptions de celui qui vit de la plume de traducteur.
Leonid Livak, "Ludmila Savitzky dans la culture moderniste transnationale"
Le rapprochement des études sur l’émigration russe avec l’historiographie du modernisme crée des conditions propices à un examen de la figure du passeur, ce que je me propose de faire en étudiant la carrière de l'écrivaine et traductrice franco-russe Ludmila Savitzky pour éclairer sa place dans la culture moderniste et le rôle de médiatrice qu’elle y a joué au carrefour des modernismes russe, français et anglo-américain. La singulière carrière de Savitzky permet à l’historien d’étudier, au plus près, les mécanismes de métissage et de migration qui unissent les cultures modernistes nationales dans un tout transnational.
Patrick Hersant, "Manuscrits, carnets, correspondances : dans l’intimité professionnelle de Ludmila Savitzky"
Patrick Hersant présentera Portrait d’une traductrice : Ludmila Savitzky à la lumière de l’archive (co-écrit avec Leonid Livak, Sorbonne Université Presses, 2025), en concentrant son analyse sur des documents inédits, puisés dans une archive exceptionnelle, qui viennent éclairer la carrière et la vie de Savitzky – réflexions éparses sur la traduction, entrées de journal, correspondance avec James Joyce, Ezra Pound, T.S. Eliot, Sylvia Beach et Valery Larbaud. La séance portera aussi sur sa pratique quotidienne de la traduction telle que la révèlent ses brouillons et autres manuscrits.
- SÉANCE 4
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SÉANCE 4 : DOSTOÏEVSKI IRRECEVABLE ?
Vendredi 27 mars 2026 | 14h-17h
Université Grenoble Alpes
Maison des Langues et des cultures, Salle des conseils
1141 rue des Universités 38400 Saint-Martin-d’Hères