Projet "ORCO2C"

 

I. Résume de la proposition de projet


Notre projet propose de développer une organisation de connaissances et un état de l’art des organisations conceptuelles actuelles des documents à propos de la production culturelle et scientifique relative à la « post-colonialité ». Ce champ étant vaste, peu défini et structuré, il nous semble nécessaire dans un premier temps de l’organiser.

Par un recueil d’expertise et un travail collaboratif avec un réseau d’experts des différentes zones concernées, nous pourrons établir une première structuration des connaissances, qui pourra être progressivement formalisée à l’aide d’une ontologie. En effet, la production culturelle « post-coloniale » constitue une transformation considérable des rapports culturels entre les auteurs des pays ex-colonisés (zones hispaniques, lusophones, anglophones et francophones) et les métropoles. Elle se traduit par d’autres modes de diffusion, d’autres influences (notamment transversales) et d’autres approches de l’audience que les périodes précédentes, marquées par la centralité des métropoles (Paris, Londres, Lisbonne notamment). Or, cette nouvelle configuration est loin d’être simple à appréhender, du fait notamment de la pluralité des points de vue et de la spécificité des histoires. Cette organisation des connaissances aura comme objectif de rendre possible tout d’abord l’échange entre les experts et progressivement, une caractérisation des œuvres et de leurs relations.

Par ailleurs, nous étudierons l’existant, à savoir où sont réparties les ressources et la façon dont elles sont structurées. On utilisera les méthodes de recherche dans les bases de données mais aussi des outils du web pour les identifier et caractériser la façon dont elles s’intègrent dans des ensembles plus vastes. Le bilan de cette étude (qui concerne à la fois la structuration et les contenus) sera comparé à l’organisation des connaissances que l’on propose et constituera un préalable à un projet plus vaste de constitution d’un observatoire de cette création culturelle qui remet en cause de nombreux modes d’organisation de l’information (notamment, par exemple, l’indexation des auteurs et des œuvres par pays) ou encore la place de plus en plus importante prise par la publication d’œuvres sur le web.
 

II. Contexte, positionnement et objectifs de la proposition

a. Objectifs et hypothèses de recherche


Depuis de nombreuses années, le domaine de la littérature francophone, et par extension des autres espaces marqués par la colonialité[1], zones anglophones, lusophones et hispanophones, est marqué par de profondes transformations, tant en termes de contenus que d’approches. Les théories de la « post-colonialité »[2] ont profondément transformé la réflexion mais montrent aussi des différences importantes d’appréhension. En élaborant l’an dernier un projet européen[3], nous nous sommes vite aperçus qu’un double problème se posait et demandait des investigations préalables :
  • D’une part, les cadres conceptuels des différents chercheurs, mais également aussi leurs objets (qui sont des productions littéraires et artistiques), variaient considérablement et il n’existe aucun cadre de référence approprié et communément accepté à travers les différentes zones et domaines, et même l’échange reste limité alors même que l'on peut constater une évolution tant dans les productions artistiques et littéraires que des contextes sociaux de leur émergence, accélérée par la plus grande facilité de circulation procurée par les réseaux numériques.
  • D’autre part, ces publications, jusqu’à fort récemment, étaient souvent dépendantes des métropoles des ex-colonisateurs. Or, justement, et cela en lien avec les médias et la diffusion numériques, de nombreuses circulations entre ces espaces, hors des liens directs aux métropoles, se sont développées. Cette circulation renvoie aux propriétés du web (hyperliens, reproduction, etc.).

Dans ce travail préparatoire, nous aimerions délimiter et structurer les concepts utilisés dans le cadre des travaux sur ces littératures et productions culturelles. Nous ne visons pas à créer un cadre théorique consensuel mais à identifier et articuler ces différentes « façons de voir » : l’explicitation des concepts, leurs relations, leurs objets d’application ainsi que leurs limites constituent un préalable à un travail de grande ampleur. Sachant que les organisations de connaissances sont rares[4] dans ces domaines, notre travail établira une première structuration, laquelle permettra ensuite d’envisager une connexion entre les données. Ainsi, Cette représentation des connaissances permet tout d’abord de clarifier et de partager les concepts, et constitue ensuite un outil utilisable pour l’accès et la structuration du domaine utilisable dans un projet plus global.

Parallèlement, nous aimerions donner corps à l’hypothèse de circulations, notamment via le web, de textes entre ces différentes zones. Nous envisageons le problème du côté de la production littéraire web, donc des manifestations les plus spontanées et les moins institutionalisées de la création. Sur l’ensemble du projet, nous prendrons en compte le fait que la création, notamment littéraire, se diversifie fortement et prend de plus en plus en charge la dimension web. Elle accroit considérablement les échanges entre auteurs et avec différents relais (associations culturelles, amateurs, etc.) et par conséquent transforme les relations entre les différentes zones linguistiques et les métropoles. Cette dimension sera prise en charge par le projet DARIAH, déposé le 3 octobre de cette année. Ces deux dimensions sont consubstantielles : d'une part on ne peut étudier les emprunts, l'élaboration d'une culture commune et d'échanges que si l'on dispose d'un cadre conceptuel partagé, et d'autre part, ce cadre conceptuel ne peut être construit que sur la base de faits empiriques observables.

L'ensemble sera représenté sous forme d'une cartographie et d'un schéma, lesquels seront référencés dans FAIRSHARING notamment. Ce schéma devra permettre de traiter à la fois des données bibliographiques, des productions originales mais également et surtout des archives du web.
 

b. Positionnement par rapport à l’état de l’art


Notre problématique consiste à établir une représentation de connaissances à partir de points de vue différents sur un phénomène identique et acceptable par tous. Dans notre cas, il s’agit bien d’un cadre international, à la fois linguistiquement et politiquement. Si ces différentes conceptualisations renvoient effectivement à des histoires et des contextes sociaux et politiques différents, il n’en reste pas moins qu’elles se marquent par des proximités et des emprunts que la représentation conceptuelle permettra de caractériser. À la différence des autres grands domaines scientifiques, la littérature et plus particulièrement celle produite dans les espaces ex-colonisés, n’a que rarement fait l’objet d’une approche globale et dépassant les frontières nationales et/ou linguistiques[5]. En ce sens notre projet est novateur.

Il l’est également lorsque l’on considère que l’hypothèse fondamentale du projet est la transversalité. Jusqu’à présent, le monde académique (les chercheurs, les bibliothèques, les institutions publiques), a considéré de façon parcellaire et segmentée cette production. Or, il semble de plus en plus pertinent de la considérer globalement et donc de construire un appareillage permettant de le représenter. Or, du point de vue de l’information, des bibliothèques notamment, cette convergence (voire même sa possibilité), n’est pas représentée tout simplement parce que les représentations de connaissances ne sont pas conçues pour le permettre[6]. Notre projet s’inscrit dans le cadre du renouvellement des langages documentaires[7] en considérant l’apport des ontologies mais également d’autres formes d’analyse des usages et des appropriations de l’information[8].

Par ailleurs, ce projet se construit dans le renouvellement des approches de la structuration des bases de données[9]. En effet, ces littératures, mais également les travaux qui y sont relatifs, sont inscrits dans des classifications et des structures de données totalement différentes, et généralement inadaptées. Cela pose un problème d’accès aux documents, mais avant tout un problème de recension et d’identification des données.

Notre travail aura vocation, dans la durée, à proposer sinon un système documentaire propre[10], au moins un accès interopérable avec ces données. Un accès unifié à ces ressources permettra le développement des travaux sur ces domaines mais surtout ouvrira la possibilité de les assembler en un portail d’accès unique. Cet objectif ne pourra se déployer qu’à partir du moment où les connaissances auront été structurées. L’idée est que la validation de l’hypothèse de la convergence (dont on pourra aussi par ailleurs mieux cerner les contours et proposer une définition) permettra de fournir des données pour utiliser la représentation des connaissances, en proposant des possibilités d’indexation.
 

c. Méthodologie et gestion des risques


Notre travail exploratoire se divisera en deux parties essentielles, sachant qu’une troisième action sera centrée sur la recherche de partenaires externes, avec lesquels le dialogue sera long : le ou les partenaires externes pourront avoir des exigences et des calendriers propres. Les deux tâches peuvent être menées simultanément.

La tâche de structuration du domaine (T1) impliquera en premier lieu des entretiens suivis d’échanges continus avec les experts du domaine. Le projet EPOCHAL, élaboré l’an dernier, nous a permis de constituer un réseau d’une trentaine d’experts de ces différentes aires. Ils pourront être immédiatement mobilisés pour la T1. Ce sont des universitaires britanniques, espagnols, portugais, français, brésiliens, camerounais notamment, travaillant sur ces littératures et plus globalement sur les circulations de contenus culturels entre ces différentes aires linguistiques et culturelles. Leurs réseaux seront également mis à contribution. L’objectif sera d’établir une maquette des relations entre concepts, maquette qui pourra évoluer et prendre la forme d’une ontologie légère.

La tâche d’identification des ressources et de leur structuration (T2) consistera à identifier dans les zones linguistiques considérées la façon dont ces littératures sont répertoriées et décrites au sein des bibliothèques, centres de ressources, etc. Cela nous permettra d’identifier à la fois la localisation des ressources existantes et la façon dont elles sont décrites.

Les deux tâches s’articulent par le fait que la T1 est une approche par l’usager/expert, et la T2 une approche par l’existant, autrement dit la façon dont les gestionnaires de l’information (bibliothécaires, documentalistes notamment) ont appréhendé et trouvé des réponses aux questions posées. Ces deux entrées permettent d’appréhender le domaine à partir de deux entrées distinctes et nécessaires pour la suite du projet.
 

T1 : élaboration de la représentation de connaissances.

  • Identification et interrogation des experts sur les concepts structurant le domaine de connaissances (3 mois)
  • Etablissement d’une première cartographie conceptuelle et validation/révision avec les experts (3 mois)
  • Traduction de la cartographie dans un langage documentaire structuré de type ontologie (6 mois).

T2 : Exploration des structurations des bases de données existantes.

  • Identification de ressources tests et recherche de leur localisation.
  • Liste des bases de données, bibliothèques et centres de ressources pertinents
  • Analyse des langages documentaires et des structures hiérarchiques des différentes bibliothèques, collections et centres de ressources identifiés.

La T1 consiste essentiellement à recueillir des données d’experts et à élaborer progressivement une représentation conceptuelle. Par ailleurs, distinctement de la connaissance experte dans des domaines homogènes (pharmacie, ingénierie), le domaine de l’analyse littéraire contextualisée est beaucoup plus hétérogène, aussi parce qu’il est relatif à un objet à la fois divers et fortement évolutif.

La réalisation de cette tâche est aujourd’hui possible grâce à l’expressivité des langages du web (SKOS notamment). En effet, les relations hiérarchiques des classifications traditionnelles et la faible expressivité des premiers thésaurus est aujourd’hui dépassée par les possibilités expressives des langages du web.

En représentation des connaissances, les concepts sont nécessairement monosémiques et ne laissent place à aucune ambiguïté. Or, justement, on constate ici, dans notre domaine, des écarts importants. Par conséquent, le travail consistera à expliciter les différentes acceptions et à trouver les dénominations les plus justes. Méthodologiquement, ce travail repose sur l'établissement de liens taxonomiques (de quoi exactement on parle) suivis d'une dénomination de la portée de chaque terme. Nous utiliserons au mieux les ressources de l’élaboration collaborative, de façon à ce que les experts contrôlent en temps réel l’élaboration de la représentation du domaine. Par ailleurs, cette élaboration aura un impact sur l’appréhension de leur domaine par les experts eux-mêmes. Nous étudierons cette réflexivité.

La T2 consiste d’abord à identifier, à la fois dans les pays concernés et en Europe et USA/Canada les ressources : il s’agit d’abord d’un travail utilisant le protocole OAI-PMH, de façon à identifier les œuvres à partir de leurs métadonnées. Nous partirons d’un certain nombre d’œuvres

À partir du moment où les collections auront été identifiées, nous en étudierons la structuration et les langages documentaires utilisés. De cette façon, nous pourrons progressivement caractériser la façon dont sont représentées les œuvres et les travaux relatifs à cet espace à la fois en Europe, aux USA/Canada et bien évidemment dans les espaces lusophones/anglophones/hispanophones et francophones. Les outils mis à disposition par l’OCLC (et notamment WORLDCAT) permettront une découverte facilitée des données. On pourra ainsi cartographier les disponibilités des œuvres mais également la façon dont on peut y accéder. Les catalogues électroniques (OPACs) permettent facilement d’obtenir ce type de données. Néanmoins, une difficulté devra être contournée : de nombreuses bases de données, souvent conçues et développées selon des modèles anciens et hors des standards internationaux, seront plus difficiles d’accès.

Cet ensemble de données permettra de dresser un état des lieux de la localisation, disponibilité et accessibilité de ces données. Parallèlement, elle permettra de saisir la façon dont les différents continents et les différents types de bibliothèques se saisissent de cette question de la « post-colonialité » et des changements qu’elle opère sur la façon de représenter l’information.

Nous distinguons les données de type entretiens et propositions de maquettes d’une part, des analyses des offres de bibliothèques et autres centres de ressources d’autre part. Les premières sont des données audios (recueillies à partir d’entretiens en visioconférence ou en présentiel), qui seront stockées sur un espace réservé. Les données de corpus seront insérées dans une base de données MONGO-DB, relativement légère, et dont l’accès sera réservé aux chercheurs. Nous appliquerons la législation associée aux données de la recherche. Ce corpus ne pourra être accessible en externe, du fait de la préservation du droit d’auteur. L’organisation des connaissances utilisera, pour sa formalisation, un outil libre de type PROTEGE.

L’ensemble des données recueillies et l’organisation des connaissances seront stockés sur un espace HUMA-NUM/MSH Lyon Saint-Etienne, similaire à celui que nous utilisons dans le cadre de l’ANR LIFRANUM. Nous respectons les principes FAIR concernant l’ensemble des données que nous aurons pu produire[11]. Par ailleurs, l’intérêt à terme d’un tel outil est de faciliter la recherche d’information, et par conséquent de réduire les coûts, y compris énergétiques, associés à cette activité. Enfin, la totalité des outils que nous utilisons sont libres et gratuits.

Par ailleurs, le projet global de constitution d’une infrastructure accessible sous forme d’un observatoire permet de limiter les temps de recherche d’information, d’augmenter la précision de cette dernière, et par conséquent de limiter les temps de connexion et de consultation.

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  1. La notion de « colonialité » se distingue du post-colonialisme en contournant « l’ambiguïté du post qui risque de réaffirmer une vision linéaire du temps, ce qui vient après le colonialisme, soit pour mettre fin soit pour prolonger » (Sanna & Varikas, 2011, p. 7). SANNA Maria Eleonora et VARIKAS Eleni (2011), « Genre, modernité et colonialité du pouvoir : penser ensemble des subalternités dissonantes », Cahiers du Genre, n° 50, p. 5-15
  2. La difficulté à identifier un concept fédérateur pour caractériser cette problématique est un indice de la complexité du phénomène que l’on a à caractériser et de la diversité des approches. Le but de ce projet consiste justement à expliciter ces concepts et à les mettre en relation.
  3. European postcolonial cultural heritage: A digital archive of literary circulations and networks (EPOCHAL), dans le cadre du programme européen HORIZON, projet non déposé.
  4. https://memoirs.ces.uc.pt/?id_lingua=3
  5. Certains projets, comme ceux développés par la British Library ou encore “Digital-Black-Atlantic” peuvent s'approcher de notre propos.
  6. Gnoli, C. (2016). Classifying Phenomena Part 1: Dimensions. Knowledge organization, 43(6).
  7. Hjørland, B. (2020). Political versus apolitical epistemologies in knowledge organization. KO KNOWLEDGE ORGANIZATION, 47(6), 461-485.
  8. Boyd, C. (2021). Understanding Research Data Repositories as Infrastructures. Proceedings of the Association for Information Science and Technology, 58(1), 25-35.
    Leigh, A., Makri, S., Taylor, A., Mulinder, A., & Hamdi, S. (2021). From Information to Knowledge Creation in the Archive: Observing Humanities Researchers' Information Activities. Proceedings of the Association for Information Science and Technology, 58(1), 253-263.
  9. Eppe, M., Maclean, E., Confalonieri, R., Kutz, O., Schorlemmer, M., Plaza, E., & Kühnberger, K. U. (2018). A computational framework for conceptual blending. Artificial Intelligence, 256, 105-129.
  10. Chiodino, E., Di Luccio, D., Lieto, A., Messina, A., Pozzato, G. L., & Rubinetti, D. (2020). A knowledge-based system for the dynamic generation and classification of novel contents in multimedia broadcasting. In ECAI 2020 (pp. 680-687). IOS Press.
  11. https://www.inshs.cnrs.fr/sites/institut_inshs/files/pdf/guide-rgpd_2.pdf
 

III. Organisation et réalisation du projet

 
À la suite de l’IDEX-LIFRANUM (2018-2019) nous avons, avec Jean Pierre Fewou-Ngouloure, post-doctorat sur le projet, commencé à élaborer un projet à propos des espaces francophones de la littérature web, et de leurs relations à d’autres espaces (anglophones, lusophones, hispanophones).

Nous avons par la suite, alors même que l’ANR – LIFRANUM, portée par Gilles Bonnet, commençait son activité, poursuivi notre travail au sein d’un projet J-PITCH, déposé en 2020. Ce projet, non retenu, a tout de même permis de constituer le réseau qui sert de base à notre projet actuel. Par ailleurs, d’autres membres de ce réseau seront considérés comme experts et joueront un rôle important dans l’animation de l’élaboration collaborative des connaissances. Avec cette équipe, nous avons élaboré le projet d’ERC non finalisé l’an dernier.

Par ailleurs, nous travaillons depuis de longues années au sein d’ELICO avec Mabrouka El-Hachani, Omar Larouk (ENSSIB) et Angèle Stalder, de même que nous avons travaillé avec Guilaine Talens et Caroline Wintergerst il y a une dizaine d’années (et publié ensemble en 2012).


T1. Élaboration et modélisation du domaine de connaissances

La première tâche du travail requiert des compétences à la fois en littérature et culture, en Sciences de l’Information et de la Communication et en Informatique. Le travail, notamment d’entretien, demande une collaboration entre les disciplines littéraires et de Sciences de l’Information. Ensuite, le travail intègre les dimensions de modélisation informatique. Les experts rencontrés lors de l’élaboration de la représentation de connaissances sont membres du réseau que nous avons précédemment constitué lors de la préparation du projet européen. Il est composé d’une trentaine de chercheurs des différents continents, et pourra être élargi de façon à être plus représentatif.

Nous réaliserons des entretiens (en visio-conférence pour une grande partie) et élaborerons le graphe des connaissances à l’aide des outils électroniques libres de droit adaptés (SKOS, OWL notamment). Les versions successives de cette représentation seront disponibles pour tous les membres du réseau sous forme d’un graphe qui pourra être annoté, modifié, etc.

Les partenaires impliqués sont à la fois intégrés dans le cadre des Sciences de l’Information, de la modélisation des connaissances, donc de l’informatique et des littératures et civilisations. L’équipe sera donc composée de ces trois compétences :

Cette tâche de recueil et d’explicitation de connaissances impliquera plus particulièrement Mabrouka El-Hachani et Angèle Stalder (Sciences de l’Information et de la Communication, équipes MARGE et ELICO), spécialistes en analyse des usages et donc en recueil et explicitation de connaissances. Elles seront accompagnées par les membres des réseaux d’experts et qui sont en même temps membres du projet, et plus particulièrement Jean Pierre Fewou-Ngouloure, Natalia Guerellus, Erika Fülöp, Christian Cote (Langues et littératures : équipes LERASS, PLH et MARGE). La modélisation des résultats sera ensuite confiée à Caroline Wintergerst, Guilaine Talens et Jimmy Leblet (Informatique : équipe MAGELLAN) dans un travail collaboratif avec l’équipe chargé du recueil et de l’explicitation des connaissances. Cette tâche devrait aboutir à une maquette du modèle de représentation des connaissances du domaine tel qu’à terme on puisse structurer des ressources documentaires numériques.

Les deux premières parties de la tâche (interrogation des experts et cartographie conceptuelle) seront soutenues par le stagiaire M2 (six mois). Il aura des compétences en terminologie, traduction, recueil d’expertise et maniera deux langues du projet.
 

T 2. La tâche d’identification des ressources et de leur structuration.

Nous procéderons par une recherche d’information à partir de métadonnées (en utilisant notamment l’OAI-PMH). Ensuite, les ressources identifiées, il sera possible de les classer et de les organiser de façon à comparer les structures de données. Néanmoins, nous ne ferons pas l’inventaire des collections.

Cette tâche d’analyse des bibliothèques, centres de documentation et bases de données d’institutions et d’organisations gérant ces ressources sera menée tout d’abord par Omar Larouk (ELICO-ENSSIB), spécialiste des systèmes d’information des bibliothèques. Le choix des centres de ressources à explorer se fera avec Jean Pierre Fewou-Ngouloure, Natalia Guerellus, Erika Fülöp, Christian Cote (Langues et littératures : équipes LERASS, PLH et MARGE). L’aboutissement sera un répertoire de ces centres caractérisant la façon dont la connaissance est organisée et les ressources qui sont indexées (au moins de façon quantitative).

L’exploration et l’analyse des bases de données seront soutenues par un stagiaire M1 ayant des compétences en recherche d’information, bases de données et formats bibliographiques. L’articulation entre l’état des ressources (fonds et structuration de l’existant) et le modèle de connaissances permettra de structurer le projet de plus grande ampleur en évaluant les écarts entre l’existant et les représentations des experts et en projetant la façon dont l’information pourra être structurée de la façon la plus adaptée à la fois aux différents utilisateurs et relativement à l’existant. Enfin nous pourrons identifier des champs de production culturelle faiblement répertoriés, comme la littérature web.
 

IV. Impact et retombées du projet

a. Impact


Le projet dans sa globalité vise à transformer considérablement la façon dont on aborde la littérature et plus globalement les productions culturelles issues des espaces marqués par la colonisation. D’un point de vue sociétal, il s’agit tout simplement d’accompagner un mouvement initié par la mondialisation et la circulation de l’information numérique. Si dans un premier temps, l’objectif consiste à montrer l’existence et les formes de ces échanges, il ne peut être atteint que par l’élaboration d’une méthodologie adaptée, jusqu’à présent balbutiante.

Du point de vue des Sciences de l’Information, il s’agit d’un renouvellement important de la façon dont on conçoit la classification et l’indexation des productions culturelles, dans une vision qui n’est plus celle des musées et des bibliothèques, mais de centres de ressources et d’accès à l’information. En lien à ce que l’on a évoqué précédemment, les ressources documentaires (bibliothèques, centres de documentation, bases de données) existant sur ces questions sont généralement obsolètes, éparses et ne proposant aucune relation entre elles. L’objectif, dans un second temps, sera de proposer un portail unique permettant d’accéder à l’information la plus complète et donc, en partie, d’assurer sa préservation. Ainsi, l’enjeu de notre proposition d’organisation des connaissances prendrait une dimension éthique et sociale importante : en effet, à partir du moment où l’on dénomme des entités et où l’on structure ces dénominations, on fait exister ce champ lui-même.

L’impact sociétal passe par des usages : si l’objectif premier serait de proposer une nouvelle forme à l’offre documentaire, elle permet surtout de faciliter la recherche d’information. A terme, pour le projet qui émergera de ce premier, plutôt que d’avoir à consulter des bases de données dispersées et d’un accès difficile, il suffira d’utiliser l’interface afin de pouvoir accéder à l’ensemble des données.
 

b. Stratégie de diffusion et d’exploitation des résultats


Nous prévoyons outre les multiples versions intermédiaires qui pourront circuler pour amélioration, une restitution finale. Nous prévoyons une journée d’étude qui sera aussi la restitution du projet à ceux qui y ont été impliqués. Par ailleurs, ces résultats seront communiqués aux communautés des humanités impliquées, au niveau international donc. Par ailleurs, comme ce travail repose sur une innovation en matière de méthodologie de recueil d’expertise, une publication scientifique s’impose dans le domaine des Sciences de l’Information. Le degré d’avancement, donc la stabilité du modèle, déterminera si nous pourrons le publier dès l’an prochain dans un espace de stockage et de partage de type GITHUB afin de le rendre utilisable.
 

V. Objectifs visés en termes de dynamique de recherche

L’objectif de ce projet préparatoire consiste à élaborer les bases d’une plateforme destinée à rompre avec la dispersion des données, notamment littéraires, relatives à notre objet. La T2 aura permis de montrer soit l’éparpillement, les choix différents et antagonistes, soit au contraire l’intégration dans les réseaux mondiaux de la circulation de l’information (ici scientifique et culturelle).

L’idée de la plateforme, qui contiendrait également un corpus, serait de donner accès par une entrée unique à l’ensemble de ces ressources. Or, pour cela, il est nécessaire de mobiliser un ou plusieurs partenaires externes, à savoir des institutions qui serviront de relais à l’initiative auprès de leurs usagers. Leur médiation est essentielle pour l’intégration de notre outil dans la panoplie des moyens d’accès et d’organisation de l’offre culturelle. Ainsi, si nous pensons qu’un projet de type ERC apparaît le mieux adapté, le temps de montage et les ressources à mobiliser obligent à penser de façon plus progressive : projets ANR binationaux, programmes JPI CH, COST, notamment. Néanmoins, la suite sera aussi dépendante des partenariats que nous aurons développé durant l’année. Nous pensons notamment aux consortiums européens EUROPEANA et DARIAH. Par ailleurs, nous sommes en contact avec les bibliothèques nationales (Bibliothèque Nationale de France, British Library, Biblioteca Nacional de Portugal). Enfin des organismes internationaux comme l’UNESCO seront contactés.

L’approche de ces partenaires ne peut être simple puisque leurs fonctions et leurs intérêts ne sont pas identiques. Par ailleurs, le projet peut être développé directement à un niveau global, ce qui implique un projet très lourd et coûteux, soit partie par partie, ce qui permet d’apprendre à partir de projets plus limités et de construire progressivement l’outil. Enfin, les experts qui auront participé à la structuration des connaissances pourront être intégrés dans la préparation des projets futurs ; d’ailleurs, certains ont déjà été partenaires du projet élaboré l’an dernier.