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La réécriture : formes, enjeux, valeurs autour du nouveau roman

Anne-Claire GIGNOUX, Presses de l'Université de Paris-Sorbonne, 2003

Comment, alors que lors des dernières décennies les études intertextuelles se sont multipliées, parfois dans des directions très différentes, définir la réécriture ? Réalisation d'un nouveau texte à partir d'un texte ou fragment préexistant, au travers de réécritures concrètes, matériellement repérables, elle se définit comme un type tout à fait particulier de relation intertextuelle. La stylistique, en tant qu'elle permet de décrire matériellement les conditions formelles de la littérarité, les constituants langagiers significatifs pour les récepteurs, nous est apparue comme la meilleure approche possible. La réécriture se rencontre dans toute la littérature, notamment dans celle de la modernité, depuis Joyce jusque Borgès ; mais elle s'épanouit particulièrement dans le Nouveau Roman, et s'enrichit de la diversité de ses auteurs. Au travers de l'analyse de nombreux romans de Michel Butor, Marguerite Duras, Robert Pinget et Claude Simon, et face à la défaillance de la plupart des critères de définition du groupe, le concept de réécriture aide à fonder l'unité des nouveaux romanciers. Par-delà leur variété, les principes de la répétition-variation et du collage rassemblent tous ces écrivains en une même famille. L'importance des répétitions, des mises en abyme et des réécritures garantit une même sensibilité, une même vision de l'écriture, une même recherche. Ainsi le Nouveau Roman peut-il se définir par cette esthétique de la réécriture. La réécriture repose en effet, on l'observe dans la première partie, sur un faisceau de répétitions formelles, inscrites dans le texte même. À travers l'étude de plusieurs nouveaux romans, on distingue trois grands types de réécriture : réécriture d'autrui, réécriture de soi-même à l'intérieur d'un livre, réécriture de soi-même mais appliquée à toute l'œœuvre d'un auteur. La deuxième partie envisage la réécriture sous l'angle d'une pragmatique, c'est-à-dire d'une analyse des effets produits sur le récepteur. On comprend alors comment la réécriture fournit au Nouveau Roman un excellent outil de subversion des modèles d'écriture " traditionnels ". Ainsi est-elle un travail d'apposition, de juxtaposition, véritable travail dans le langage, propre à modifier et renouveler le texte originel, à le re-générer. Un de ses enjeux est d'inscrire la réflexion sur l'écriture et sur la lecture dans le texte même. Enfin, elle se révèle être un des constituants de la littérarité.