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Projets

Axes de recherche de l'équipe MARGE


Axe 1 : Texte, image et médias

« Texte et image » s’entend donc aussi bien comme « l’image dans le texte » que comme « le « texte de l’image », et renvoie également aux relations entre un texte et une (des) image(s) : depuis l’illustration à la légende, en passant par le dialogue du cinéma ou de la bande dessinée, nombreuses sont les formes de dialogue possibles, qu’il s’agisse du montage réciproque du texte et de l’image, du récit fictionnel notamment sériel, du rôle contemporain joué par l’écran et ses différentes actualisations, de la photographie. Ces travaux manifestent une commune détermination : poursuivre l’exploration de l’entrelacs reliant les langages fondés en langue et ceux qui émergent des cadres des écrans.
 
De plus en plus, les liens se compliquent. La subordination du texte à l’image (ou l’inverse) n’est plus de mise. L’image, pleine de sous-textes, et le texte, empli de ses sous-images, s’enveloppent l’un l’autre de façons de plus en plus complexes ou inventives. Observer conjonctions et disjonctions entre textes et images, discerner ce qui fait sens et surtout comment ce dernier circule de l’un à l’autre : les différentes activités liées à cet axe ont des visées communes. C’est dans ce cadre que s’inscrivent les travaux menés au sein de l’équipe autour de la littérature numérique, plurisémiotique par définition
 
► Membre de MARGE responsable de cet axe : Gilles Bonnet


Axe 2 : Littérature et histoire

L’un des objets de réflexion privilégié dans le cadre de cet axe, déjà abordé lors du séminaire « Histoire/histoire » organisé par Mireille Hilsum en 2012-2013, concerne les rapports entre écriture du moi et récit historique. Cette réflexion se déploie notamment à partir des écrits des mémorialistes de la Fronde : même si tous les mémorialistes ne se considèrent pas eux-mêmes comme des historiens, ils observent sur le vif l’Histoire en train de s’écrire, et tout en restant au plus près de l’événement, tentent parfois d’en analyser les ressorts profonds.

 
Plus généralement, il sera question dans cet axe d’étudier « le sujet dans l’histoire » : l’exploration et la mise en forme de l’intériorité, l’articulation entre la mémoire collective et le récit individuel, la réflexion sur la fidélité à l’héritage collectif et la création individuelle de soi sont quelques-uns des enjeux majeurs des œuvres abordées, que l’on peut envisager à la fois sous l’angle des pratiques discursives, des modèles anthropologiques et des logiques historiques dont elles sont porteuses. Les grands axes de ce projet sont :
  • Le domaine de la représentation de soi, des modalités et des évolutions de la mise en scène de la subjectivité dans les écrits factuels à la première personne.
  • Un questionnement disciplinaire autour des frontières entre texte historique et texte littéraire, sur une période (du XVIIe siècle à la première moitié du XIXe siècle) où la notion de littérature émerge progressivement, en entretenant un rapport ambivalent (fait de conflits et de complémentarités) à l’écriture historique.
  • Un dialogue continu entre une approche littéraire, « poéticienne », et des perspectives venues d’autres disciplines des sciences humaines (histoire, anthropologie, philosophie…).

► Membre de MARGE responsable de cet axe : Régine Jomand-Baudry.


Axe 3 : Francophonie et études post-coloniales

En 2014-2015, l’équipe MARGE s’est associée avec Passages XX-XXI de l’Université Lyon 2 et l’ENS-Lyon pour organiser un séminaire annuel qui a pour ambition de faire le point sur la recherche et la création dans le domaine des littératures francophones du monde (porteuses du projet Mireille Hilsum, Véronique Corinus et Cécile van Den Aven). Ces travaux ont débouché, à l’initiative de MARGE toujours, sur un chantier de plus grande ampleur consacré aux débats et propositions d’articulation entre littératures francophones et études postcoloniales. Quelles places pour les littératures francophones d’Europe ? L’Estitude existe-t-elle ? Peut-on penser les littératures du « post » (nazisme ou stalinisme) écrites en français à l’aide des concepts et plus généralement des méthodes des études post-coloniales ? L’équipe Marge comprend des chercheurs de plusieurs disciplines et de plusieurs langues : cette pluralité nous permettra d’aborder notamment les littératures postcoloniales hispanophones, lusophones et anglophones, dans les liens spécifiques qu’elles entretiennent ou ont entretenu avec leurs décolonisations respectives.  Ces travaux s’inscriront également dans une collaboration active avec l’Institut de la Francophonie de Lyon 3.
 
L’écriture et le récit cinématographiques – francophones postcoloniaux – peuvent également être repensés en termes de changement de point de vue. Les cinémas et les littératures postcoloniaux offrent des perspectives inédites et de nouvelles représentations, qu’il serait intéressant d’analyser. La réinterprétation du passé colonial, de la mémoire et de l’Histoire peut aider à déconstruire certains stéréotypes. Il sera également nécessaire d’étudier si le postcolonial peut aussi être considéré comme un processus, un mouvement en devenir qui, demandant un décentrage culturel, serait capable d’engendrer l’inattendu, et de devenir source de créativité artistique.
 
MARGE poursuit aujourd’hui son exploration de l’espace francophone grâce au programme de recherches LIFRANUM, qui vise à constituer un répertoire et un corpus du web littéraire francophone (sites, blogs, réseaux sociaux). Dans ce but, l’équipe s’est associée avec deux universités québécoises (UQAM et UdeM) ainsi qu’avec l’Institut International de la Francophonie
 
 ► Membre de MARGE responsable de cet axe : Mireille Hilsum.
 

Axe 4 : Poétique

Depuis le commencement de ses activités, le groupe MARGE travaille à renouveler les questions de poétique : les colloques et les livres sur Simone Weil et le poétique (Kimé, 2007), sur l’Ut pictura poesis selon Yves Bonnefoy (Farhad Ostovani et le livre, Kimé, 2008), sur Le Haïku en France (Kimé, 2010), sur l’écriture aphoristique de Roger Munier (Le temps qu’il fait, 2011), sur Ponge et ses lecteurs (Kimé, 2014), et sur les œuvres de Philippe Jaccottet (Lettres, 2014) et de Pierre-Albert Jourdan (Les Cahiers de marge, 2015), témoignent de cette tradition à laquelle collaborent beaucoup des enseignants-chercheurs de l’équipe, ainsi que plusieurs de ses doctorants : c’est ce qui a rendu possible, dans les précédents contrats, une journée d’étude sur « Poésie et phénoménologie », une autre sur « L’idée de poème philosophique », le colloque « Politiques de Ponge » et divers séminaires de masters aux problématiques voisines : par exemple, en 2012-2013, « Le travail vivant de la poésie », et, en 2013-2014, « Histoire et sens du mythe des ‘poètes maudits’ ». Cette expérience de recherche a fécondé, en octobre 2015, le colloque sur Joubert et ses lectures (Lyon 3 et Bibliothèque municipale de Lyon), a rendu possible la participation de Marge à l’organisation du colloque Ponge de Cerisy de 2015 et, depuis 2017, la mise en place d’un séminaire commun avec le labex OBVIL de la Sorbonne, « La Fabrique pongienne ».

La réflexion se déploie autour d’une première question générale, susceptible d’être érigée au rang de philosophie première, qui est celle de savoir si le concept de « travail », auquel les poètes recourent désormais sans relâche pour désigner leur recherche, en particulier depuis le romantisme (Vigny, Baudelaire, Mallarmé), éclaire ou non la conscience de soi de la poésie moderne, et convient ou non pour en décrire les moments fondateurs. Or les premiers travaux menés récemment par le groupe Marge sur ce sujet attestent déjà que le « travail » en question étant de nature d’abord négative (visant à défaire dans les mots l’autorité des concepts), c’est à une réflexion sur la relation du poème au savoir qu’il faudra ensuite s’adonner : en particulier sur « l’ignorance » (Jaccottet), ou le « non-savoir » (Bataille), ou la « docte ignorance » (Jean-Louis Chrétien), soit sur toutes les méthodes de la mise hors-jeu des préjugés et des jugements par le travail des poètes. D’autres travaux doivent porter sur l’idée de « désécriture », telle qu’elle est mise en œuvre, consciemment ou non, de Rousseau à nos jours, et telle en effet que, par exemple, elle sera une clef de l’interprétation de l’écriture fragmentaire depuis Joubert, du poème en prose depuis Baudelaire, et de l’abaissement du vers lui-même chez un Michaux, ou un Du Bouchet, comme dans la pensée d’un Walter Benjamin.

► Membre de MARGE responsable de cet axe : Jérôme Thélot.


Axe 5 : Santé : représentations et discours du vieillir

Les artistes ne prennent pas toujours la question du vieillir à bras le corps ni avec la même franchise qu’un Villon déplumé et osseux ou qu’une Duras que le temps a dévidée comme un moulin. Tous cependant, même lorsque le thème du vieillissement est contourné, scotomisé, traité de biais et avec légèreté, en font un sujet d’attraction. À travers la littérature greffière des affects comme des liens, ce sont bien d’autres inflexions ou mutations du soi et du monde qui sont perceptibles. Bien vieillir engage aujourd’hui une réflexion globale nécessitant à l’évidence l’étayage réciproque des champs disciplinaires : les aspects humain, psychologique, médical ne peuvent être envisagés en dehors de la politique engagée. Ebranlée économiquement par l’allongement de la vie, la société doit repenser autrement ce temps précaire, reconfigurer d’autres territoires générationnels, enfin innover dans le soin. L’un des enjeux de cette évolution, auquel Marge souhaiterait contribuer, est de mieux cerner les représentations du vieillir et leurs mutations.

Le séminaire « écritures du vieillissement » (2013-2014) a mené la réflexion autour d’écrivains de l’Antiquité au XXIe siècle, avec le souci pour chaque enseignant-chercheur de lier la pensée et le style singuliers de l’écrivain avec des données contextuelles. Le colloque « trous de mémoire : failles du cerveau » des 24 et 25 mai 2014, soutenu par l’Université Lyon 3 et le programme ARC 5, est une manifestation scientifique à laquelle ont participé des littéraires, des philosophes, des sociologues, des artistes et des neurologues – plus précisément des spécialistes de la maladie d’Alzheimer. Face aux interrogations urgentes qu’une telle maladie, par exemple, pose à la conscience que nous avons du vieillissement, un tel programme pluridisciplinaire vise à offrir un éclairage neuf sur ces enjeux cruciaux. Notre participation en septembre 2014 à une semaine thématique nationale sur le vieillissement (en lien avec Francis Eustache, neuropsychologue, Inserm, Université de Caen) constitue ainsi une étape dans un processus visant à définir, par approches successives, la place de la littérature, des arts et des SHS dans une appréhension globale de cette thématique de santé. Il nous faudra par conséquent travailler à prendre en considération, sinon pour la refonte mais pour l’adaptation de nos outils critiques habituels, ces approches issues d’autres champs disciplinaires, et qui n’avaient peut-être pas encore réellement pénétré notre domaine de compétence. L’inscription de ce programme au sein du projet « Santé globale » piloté à l’échelle de l’ensemble de la COMUE par Lyon 3, ainsi que le dialogue d’ores et déjà institué avec les autres centres de recherches du site intéressés par cette thématique (l’IRPHIL et l’IETT, par exemple, à Lyon 3) devraient nous permettre une telle conversion.

► Membre de MARGE responsable de cet axe : Fabienne Boissiéras.





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